dimanche 6 juillet 2014

La mort d’un fantasme (chapitre II) ou Le mollet de la Loutre



Il y a quelques années, je travaillais dans un bureau dickensien au cœur de Londres. Une maison d’édition spécialisée avec, à sa tête, un infâme Gripsou anachronique qui régissait sa compagnie comme en 1830.  Nous étions une armée de petits ramoneurs, tout juste diplômés, qui s’étaient fait leurrer par une annonce étincelante de promesses dans le quotidien anglais le plus libéral.

Deux choses m’ont permis de survivre : une complicité rieuse, d’une immédiateté enfantine, avec mon voisin d’en face, et la primale aura sexuelle de mon chef d’équipe. 
Avec son grand corps puissant et sa démarche de gorille Alpha, il avait l’air d’un chasseur antique. Pas un métro-sexuel aux subtils airs intellectuels, ou un de ces garçons aux traits fins à qui l’on a envie de tresser les cheveux tant ils sont jolis. 

C’était un homme.



Un vrai.

Il émanait de lui quelque chose de terrestre et de rugueux. Il était très clair qu’il saurait survivre dans la jungle sans téléphone portable, GPS ou sandwich.
Son sens de l’humour était approximatif, il était socialement maladroit, son poste l’autorisait à me donner des ordres et il avait l’air de se prendre très au sérieux, mais c’était indiscutablement une bombasse.  

C’est une disposition schizophrène que je n’ai eu à l’égard de personne d’autre : une attirance sexuelle frisant l’indécence couplée à une indifférence intellectuelle totale. Il m’émoustillait et m’ennuyait simultanément. J’étais froide, hautaine, mauvaise, mais je me serais damnée pour un baiser. 

Un amour de maternelle, en somme.

Très vite, un fanclub se développa. 

(Une bombe sexuelle lâchée au coeur d’un bureau peuplé de midinettes et de gays sous-payés ne passe pas inaperçue.)

Pour pouvoir me pâmer en toute discrétion, sans que la compétition ne se doutât de mes penchants, il fallut trouver un pseudo à la bête. Je la surnommai : la Loutre.
On frôla la catastrophe lorsqu’un jour la loutre, qui était une cycliste accomplie - et trop mâle pour opter pour un minable serre-pantalon - arriva au bureau le mollet droit nu, ayant oublié de dérouler son pantalon après ses exploits sportifs.

Il y eut des soupirs, 

             des palpitations, 
      
                   une vague de malaises

                             et quelques sanglots.
 

Car qui n’a pas vu le mollet de la loutre n’a pas vécu.
 
Je savais que je ne pouvais quitter cette terre sans avoir passé une nuit entre ses bras. Le monde a beau être cruel, il n’est pas idiot. Il savait que je ne renoncerais jamais


Des années plus tard, mon vœu a été accompli. 

 La loutre et moi consommâmes enfin notre union. 



C’était durant mon année de célibat. 
Je pensais que l’univers répondait enfin à mes prières et qu’il me récompensait d’avoir été si sage. Il m’a offert la loutre, empaquetée et enrubannée, sur un plateau d’argent. Il m’a dit : éclate-toi, ma fille.
Je ne me suis pas faite prier.
 
La loutre  se cogna la poitrine en grognant mâlement 
avant d'empoigner notre jeune héroïne par sa (blonde et soyeuse) cheveulure et de la traîner dans son antre pour lui réciter de doux poèmes d'amour (ahem) . 

C'était le script. Simple, efficace, brut.
La réalité fut, hélas, toute autre. Peau de bébé, craintive, complexée, la loutre était peu portée sur la violence ou les manifestations publiques d’affection.

Autant dire que le bureau des plaintes céleste a eu de mes nouvelles.
 
L’univers, peu impressionné par mon manque de gratitude, m’a retiré ce divin bonbon aussi sec.
Depuis, je vis une double perte : celle de ce corps qui m’était bizarrement familier et, surtout, celle de mon fantasme préféré, qui m’avait tenu chaud pendant 6 ans.


 

La mort d’un fantasme (chapitre I) ou Le monde s’en fout


J’ai passé les 13 dernières années de ma vie en couple. Pas auprès du même homme, et sans être exclusivement monogame. Je m’entichais à tous les coins de rue et flirtais joyeusement. J’ai embrassé des lèvres inégales et vécu de grandes tempêtes intérieures. 


Mais pendant 13 ans, j’avais de la tendresse sur commande. 
De l’amour au robinet. 

Sous mes pieds, ce beau filet de sécurité qui semble aller de soi, quand on a eu la chance d’être aimé avec constance. Une soupape qui me donnait un air gâté de fille unique et des poses d’héritière qui ne doute pas de l’amour de papa et exige son poney tout de suite



Mon entourage devait me trouver insupportable.

 
Puis un jour, sans prévenir, 
LE CÉLIBAT.

Je pensais que la terre entière se réjouirait de ma liberté retrouvée.
Que le monde ouvrirait grands ses bras pour accueillir sa fille prodigue. 
Que mes amis seraient mes compagnons d’infortune et de voyages. 
Que mes ex se jetteraient à mes pieds pour me supplier de les reprendre.
 Que de sublimes inconnus me feraient la cour après un seul regard. 

 Ma vie était une fête qui ne demandait qu’à être célébrée. 


J’étais le seul élément manquant. 

Mais il n’y eût ni feux d’artifices, ni danse des 7 voiles. Aucune joue ne fut été souffletée, et nul duel ne fut déclaré pour mes beaux yeux. 

La vague de sympathie généralisée m’a portée quelque temps, avant de s’écraser sur moi. 


Après ça, marée basse. 
La marge de compassion qui m’était allouée était de 3 mois. Une fois ce délai atteint, les amis ont, avec soulagement, pu se remettre à consacrer leur énergie à l’analyse de leur nombril - tout comme je n’avais d’yeux que pour le mien.
C’était donc la mort d’un premier fantasme. Celui où je me voyais l’héroïne de mon propre téléfilm - bonheur, traumatisme, disette sentimentale, traversée du désert, et – enfin – bonheur retrouvé (puis gloire, richesse et jalousie universelle, redorant ainsi le blason terni par mon escale dans la rude réalité). J’ai dû me reconstruire une base nouvelle sur un terrain aride mais libérateur : la conscience que je n’étais pas plus ni moins importante que les autres – une créature lambda qui essaie tant bien que mal de faire son bonhomme de chemin dans le monde.



samedi 2 novembre 2013

Flau-beurk


Depuis quelques jours, je procrastine avec acharnement et un zèle de converti. J'ai un guide touristique à écrire, trois semaines pour le faire, et ma mission, si je l'accepte, est d'attendre le dernier instant possible avant de m'y atteler. Je traîne ma mauvaise volonté, empyjamée dans mes appartements, du matin au soir - pourquoi me défaire de mes atours nocturnes puisqu’il faut bien y revenir ?

Cette belle logique me mènera loin.



Je regarde des séries comme si ma vie en dépendait et ne bouge pas d'un pouce.
Je suis l'ankylose faite femme.
                  Je suis écrabouillée de fatigue
et une flemme absolue me terrasse comme Saint Georges le dragon.



Bref, je n’ai aucune envie de travailler.

J’ai si peu envie de travailler que je me suis mise à lire Flaubert. Pourtant, j'ai fui Flaubert comme la peste pendant 30 ans. J’ai reculé comme une lâche face à ses poussiéreux volumes et débordé de créativité pour échapper à sa prose grandiloquente.  Un tel historique, ça crée des liens, on finit par s’attacher. Il y a quelque chose de réconfortant dans la haine familière que l’on porte à ses ennemis.
Mais même la perspective de Salammbô me semblait moins terrassante que l’idée 
de gagner honnêtement ma vie. 




La Haine : Génèse 

Tout a commencé à l'école quand, après avoir lu Un cœur simple et failli y rester, j’ai décidé que l’auguste Gustave ne serait pas mon ami de coeur. Je l’ai viré de mon lit, jarté de mes étagères, et commencé à cultiver envers lui une haine mythologique. 

Une littéraire qui n'aime pas les Classiques. J'étais l'antéchrist.

L’idée de Madame Bovary me rendait suicidaire, j'ai donc choisi de vivre. A la fac, j’ai préféré ingurgiter 4 ouvrages d’analyse de l’Education Sentimentale plutôt que me frotter au roman. (Cette stratégie - fort débile - m’a value une excellente note et donc confortée dans l’idée - fort débile - que la dépense frénétique d’une énergie inutile vaut mieux qu’une bête efficacité. J'en paie encore le prix fort).  

Toute ma vie, le mot Salammbô a sonné pour moi comme une mort violente par maladie tropicale. J’imaginais un roman dont seule la pompe éclipserait la lenteur, et, ne disposant pas du fier tempérament nécessaire à en subir les 400 pages, je me voyais crever d’ennui et de rage à la page 6.

« Le nom seul de mon roman m'emmerde jusqu'au fond de l'âme. »
Gustave Flaubert, 18 juin 1862

Mais hier, lasse de la langue anglaise, j’ai eu la soudaine envie de me plonger dans ce que je connais de plus français - cette fierté nationale que l’on nomme Gustave. Je l'ai trouvé trônant dans toute sa splendeur sur la plus haute étagère de la bibliothèque maternelle. J’en ai lu 40 pages, et tu seras ravi d’entendre, cher lecteur, que la salammbôse ne m'a pas emportée. Elle m'a doucement bercée et menée, à pas feutrés, dans les bras musclés de Morphée.

En m’endormant, j’imaginais Flaubert dans son gueuloir, 
s’égosillant à trouver le mot juste avant de le figer dans ses tirades ampoulées, 
pour le plus grand bonheur de la postérité et des insomniaques du futur.

J'ai dormi comme un bébé.



jeudi 17 octobre 2013

L'échappée belle


Dans ma jeunesse, je frôlais la crise de nerfs à la simple vue d’un écureuil. Trop de vert me rendait agressive, et je ne passais jamais plus de deux jours d’affilée hors d’une capitale.

Depuis, j’ai vécu deux ans en apnée. 
Enfin, à la campagne. Et pas n'importe laquelle.


Cet accident de parcours m’a permis de dresser une liste d’accomplissements dont je ne suis pas peu fière.
     1. Je cause le chien. Les bestioles à poil sont mes amies.
    2. Le gazon ne déclenche plus chez moi de crises d’urticaire aigüe. Juste un vague sentiment de claustrophobie et une légère nausée.
     3. J’ai planté une graine qui s’est transformée en fleur. Sous mes yeux. C’était magique.
(Enfin, la vraie histoire, c’est que j’ai - accidentellement - planté 1000 graines dans un espace de 15 cm2. Et ce que j’ai vu pousser, ce n’est pas une fleur, mais une guerre civile végétale où les coquelicots massacraient les marguerites pour 0,01 lux supplémentaire. Les fleurs avaient la haine de l'autre et la rage de vivre, elles poussaient à plat et quasi à l’envers dans un enchevêtrement de malade. C’était terrible. L’hécatombe champêtre.) La vie, la mort, miracle, tragédie... c’est la même chose au fond. Bref.
   4. Je suis à présent l’heureuse propriétaire de vêtements d’ « extérieur » - moi, la créature d’intérieur, le chiffon humain par excellence. Des trucs cirés, imperméables, chauds, costauds, criards, franchement laids. J’ai toute la panoplie, en rose fluo. J'ai même pas peur de la mort.
Mais n'allez pas croire que ce fut facile. On ne s’improvise pas rat des champs quant on a passé 30 ans joyeusement encerclé de bitume. Je me suis frottée au grand air et m’y suis piquée.
Mon enthousiasme était beau à voir aux premiers jours. J’ai jardiné, pêché, affronté des vaches belliqueuses, risqué ma vie à vélo, photographié des piafs dans tous leur états, étoffé ma collection de coquillages, présenté mes hommages à la mer, touché un merlan de mes blanches mains, cuisiné et englouti ledit merlan... 

Je ressentais, face à ces activités étrangement saines, une terreur et un émerveillement tout enfantins. 



Mais les grands espaces accompagnés de tout ce temps qui s’étale, s'étire et n’en finit pas ont fini par m’angoisser.  Je me suis mise à voir des fantômes et j’ai développé une peur existentielle du noir. 


 Je frôlais simultanément et quotidiennement l’épiphanie et la lésion cérébrale.  

Mais au lieu de cohabiter avec Casper, 
 
J’ai préféré me défaire de mon bouseux
 
J’ai donc plaqué le paysan-en-civil, que j'avais bê(a)tement suivi jusque dans ces contrées barbares.
Je l’ai laissé à sa retraite anticipée, sa bouse vitale, son verdoyant tombeau - j’espère qu’il trouvera la mortelle à la disposition enthousiaste, aux joues roses et aux hanches larges qui lui portera des enfants et une dévotion sans faille.
Pour ma part, je tombe les grosses bottes de randonnée, les jeans usés par les griffes de chiens déchaînés et le sel marin. Je rentre à Londres, humer sa pollution et roucouler de plaisir dans son métro bondé. Des hommes, des femmes, de toutes les couleurs et de toutes les tailles ! Des gras, des nains, des rougeauds, des pâles, des emphatiques, des blasés – je troque mon ungentleman-farmer pour le monde entier.
C’est l’affaire du siècle.


lundi 24 mars 2008

Neverland



Je suis en deuil, les amis. J'ai la mort dans l'âme et l'âme en lambeaux.
Ci-gisent les grasses matinées de Périphérique, ex-eternelle ado.
J'enterre aujourd'hui ma paresse, mon insouciance et mon teint frais. Je suis mûre, adulte, et demain, je démarre un boulot à plein temps. Je ne suis plus une enfant. Je dois travailler le jour, dormir la nuit, vivre le weekend. Je ne suis plus une enfant. Je dois gagner ma vie, payer mon loyer, mourir d'ennui. Je ne suis plus une enfant. Je suis professionelle, ambitieuse, carriériste. J'ai les dents longues. Je vais avoir un salaire, devenir riche et conquérir le monde. J'acheterai de belles fringues, je monterai mon propre journal, je serai une l'exemple d'une réussite professionnelle éclatante. J'ai les dents longues. On fera une statue à mon effigie, mon visage ornera le revers des billets de 50 euros , le jour de mon anniversaire sera décrété fête nationale.


Bon, c'est le début d'une glorieuse aventure. Mais...


mercredi 16 janvier 2008

Herbe Folle

Pas loin de mon immeuble, il a y un arbre. C'est un arbre joli, quoique indéfini. J'ai grandi à l'ombre des cocotiers, traîné sous celui des platanes, je reconnais mon charme de mon hêtre, j'identifie mon chêne une fois sur deux, l'érable est un robuste cliché et les cerisiers me sont incontestables quand ils portent leurs cerises... Mais alors, celui-là...

Quand je dis qu'il est indéfini, je ne veux pas dire qu'il n'a pas de caratéristique propre. Il en a une, ce petit.

Il est timbré.

Il est en fleurs depuis mi-Décembre. Glorieusement, avec arrogance, il crâne entre tous amis à poil. C'est la folle du quartier, qui met son chapeau à plumes et son pantalon en lycra par une journée terrassante de Juillet.

Alors je lui parle, l'arbre fou, j'essaie de lui expliquer: mais tu vas être tout nu en Avril, c'est pas possible à la fin, sois sérieux!

Je ne sais pas s'il est pressé de vivre sa vie, s'il brûle les étapes parce qu'il est en crise d'adolescence, ou si c'est une abbération de la nature. Mais en hommage à cet allumé qui se croit au printemps, je vous laisse avec ce beau poème illustré :









Pour le poète, il faut passer par . Quant à l'artiste, c'est par ici.
Et pour la corde, c'est Google.


vendredi 11 janvier 2008

Home alone

Il aura fallu beaucoup de préparation. Des sous-entendus machiavéliques : “pfff, Londres... Ville pourrie, cégriçapufémoche”, “Mais ça fait longtemps que tu l’as pas vue, ta mère, tu dois lui manquer” et “ça te fait quoi, de plus vivre en Italie?”


Puis une série de regards roucoulants et de mines éplorées, pour qu’il ne se doute de rien: des “Janvier, j'y comprends rien” et des “me laisse pas toute seule, sale type” suivis de “c'est dégueulasse, d’abord, j’ai plus de vacances moi”.


Et Paf!

Parti, le banquier!!


Un vrai jeu d'enfant.


Héhéhé. Enfin seule...


Depuis, j'en profite pour mener une existence de reine.

Une vie fascinante, excitante, exquise.

Une semaine d'interdits et de tabous qui volent en éclat!



Par exemple, il y a des jours où je me déguise.



Je me vêts de mes plus beaux atours et me regarde bêtement dans le miroir en prenant un air profond.

Ca se passe de commentaire.


Et puis j'emmène un livre partout où je vais.

Mais attention, n'allez pas croire que la lecture soit au programme! Nous avions établi que je ne lis JAMAIS, ou alors mal, lentement, sans appétit, pour crâner. C'est juste que j'aime glander à côté d'un bouquin.



Aussi, je dors pile au milieu du lit...




en diagonale.


C'est beaucoup plus difficile que ça n'en a l'air. Ca demande une ténacité à toute épreuve, énormément de pratique et une discipline ultra-rigoureuse. Parce que, voyez-vous, l'inconscient peut rouler à droite sans s'en rendre compte! Ou se recroqueviller sur la gauche, en petit foetus rétrécissant... Mais j’ai tant dormi, dans la vie, que je suis maîtresse de toutes ces subtilités tétanisantes. Je domine la situation. Et le matelas.



De plus, je suis cracra.

.

Je fiche des miettes partout et je suis bien dedans. Je m’y attache, ces miettes… Ce sont les miennes, je les reconnais et les appelle par leur petit nom. A ma droite, monstruosa, vestige de 15 mini éclairs surgelés-decongelés au chocolat, qui me rappelle cruellement que l’anglais ne comprend nicht à la crème pâtissière. (Elle est née hier.)
A ma gauche, des pétales d’un bouquet qui a séché sur pied dans un vase à moitié plein (un miracle), et qu’une flemme absolue m’empêche de jeter à la poubelle. Pétales de roses sur mon chemin depuis 3 jours, en somme.


Par ailleurs, je hurle à la mort des poèmes.


Toutes mes femme bafouées, mes Marceline, mes Hermiones, mes Marina, je les déclame à tout heure de la nuit et du jour. Je me déshinibe et j’agace le Voisin. Deux pierres d’un coup.



D'autre part, je me saoule au Lapsang


Je bois 2 tasses de thé fumé d'affilée et mâche les feuilles une par une, sans cette voix qui me dit : ”Arrête, c’est pas bon pour toi, tu vas crever". Mourir d’une overdose de thé? Faites-moi rire! Après, si mon coeur bat un peu trop vite, si j’ai le tourni quand je me lève brusquement et si mon estomac se détraque un peu, c’est rien. C'est la faute à tous ces changements de température. C'est bien connu.




En outre, je prends la lune en photo.



Frénétiquement.


Je la shoote comme une tarée. Je la vois de mon canapé, elle est belle et blanche et grasse, et je récite à sa gloire tous les poèmes lunaire que je connais: C’était dans la nuit brune, sur le clocher jauni, la lune/ Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse; Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins/You leave the same impression of something beautiful, but annihilating. Both of you are great light borrowers./ Good night moon.

...

...

Bon.


C'est bien beau toutes ces bêtises, mais va falloir qu'il tarde pas trop, là, le banquier.


Le frigo est vide, il commence à faire sacrément froid,


... et j'ai cru voir une souris dans la cuisine.


Medley Lunaire:

C'était dans la nuit brune de Musset/ Tristesse de la Lune de Baudelaire/ The Rival de Sylvia Plath / Goodnight Moon de Shivaree


dimanche 9 décembre 2007

Hell hath no fury

Bon, alors à force d’entendre parler de livres partout par une bande de jolies snobinardes (Magda en tête de file), je me suis dit: merdouille, je ne suis ni gueuse ni illettrée, moi aussi je peux causer bouquin.

Avant d’entamer ce billet, je dois faire un aveu embarrassant :


Plus, plus vite, plus gourmand.

C’est délicat.

Je suis le chat du 5ème étage, répandu sur ses coussins sous les toits. Mon fauteuil a vue sur la lune, et je me traîne La Terre Sous ses Pieds de Salman Rusdhie depuis 2 mois, 20 jours et beaucoup de poussière. La Gravité, mes amis, me laisse la mâchoire pendante.

Oh, il a voyagé ce livre- il a vu le jour à Londres, il a visité Paris et l’Andalousie- il me suit fidèlement dans mes pérégrinations oisives. Mais ça n’est pas un homme, sacrebleu, c’est un livre! C’est censé se commencer et se finir.

Bien entendu, de nombreuses raisons tout à fait honnêtes et terriblement rationnelles expliquent ma lenteur :

- J’adore lire au lit. Malheureusement, ma relation au lit est très littérale : quand j’y suis, pathologiquement, je m’endors.

- Je n’ai pas été fidèle à Salman, dont l’intensité m’a effrayée. J’ai eu quelques conversations amoureuses avec un Artiste (descendant l’escalier, Tom Stoppard), et fait les yeux doux au mari d’une autre (May we borrow your husband?, Graham Greene). Ce sont donc mes mœurs légères et mon absence totale de morale qui sont à blâmer. PAS ma lenteur.

- J’aime tellement ce roman que je retarde le moment d’arriver à la dernière page. Cette odyssée du rock au style flamboyant, cette nouvelle mythologie délirante qui naît sur les cendres de légendes passées est une aventure formidable. Je prends mon temps.

- Aussi, il fait 575 pages, sans images.

Alors si ça fait de moi une lectrice tortue, j’assume.

Sauf qu'entre temps, le Banquier a englouti - ça:



Comme tu n’es pas sot, lecteur, tu as bien vu qu’il lit que des conneries, le Banquier (pardon Raymond, mais ma crédibilité dépend de cette généralisation).
L’insoutenable légèreté d’être à Aberystwyth, vraiment.


A la limite, je m’en moque, et j’admettrais même sans moufter que Buzz l’éclair soit plus vorace que moi s’il n’avait pas la condescendance belliqueuse.









Il a dit ça. C’était le mardi 13 Novembre 2007, il faisait 11 degrés et tempête.

Mais ça n’est pas tout. Parce que les Banquiers, ça se promène en grappes. C’est solidaire, ça veut montrer que ça a de la culture, et ça devient ARROGANT.

Banquier A a donc, parmi sa grappe, un ami (que nous appelleront B, car nous sommes, bien que rancuniers, charitables et respectueux de l’anonymat d’autrui). B m’envoie un texto pour me suggérer un livre, irrévérencieux et drôle. (L’Elégance du Hérisson, quelqu’un connaît ?)

Je lui envoie aussitôt un message, aérien, futile… frivole. Bon ok, un message vain, mais plein d'auto-dérision. Je souhaiterais emprunter le livre, si possible- je n’ai plus l’habitude, écris-je, de débourser de l’argent pour autre chose que des petits souliers à paillettes.

Je m’attends à une réponse amusée, complice, taquine - ma foi en la Banque et ses Créatures est grande (et furieusement injustifiée, nous l'allons montrer tout à l'heure).
Je reçois :

« On ne peut pas jurer par le dieu Littérature et ne faire d'offrandes qu'à la déesse Mode.”

A ces brutes en vadrouille, ces néo-hommes des bois sans mâchette à souris, je n’ai qu’une chose à dire:




Voici des oeufs, des fleurs, des pompes et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous

Ô Wenchangdijun.


vendredi 7 décembre 2007

Ode à Gontran

Je l'ai reconnu dès que je l’ai vu.

Ce jour-là, je fêtais mes 25 printemps. Je venais de lâcher mon boulot de prof et j’étais plus légère de 150 bambins –volatile– un vrai ballon à hélium. C’était l’été, un mois de Juin chaud et enrobant, et mes petits pas réchauffés, comme des oisillons au soleil, m’avaient amenée à Camden.

Dans la horde joyeuse, mi-hippie mi-punk, je l’ai vu. Au fond d’une boutique, dans le marché couvert. La pièce était pleine de bric-à-brac, mais on ne voyait que lui. Il avait quelque chose de terriblement distingué, un rien désuet, et le regard de Blaise Cendrars. Un manteau flamboyant, une extravagance nonchalante. J’ai beaucoup voyagé, j’ai vécu- semblait-il dire. Je suis prêt à me poser.

Il m’a fait un clin d’œil, je jure que c’est vrai. C’est là que j’ai abandonné mari et enfants (sur le pavé) net. Et j’ai couru me jeter sur ses genoux.

Voilà, je peux m’en vanter. C’est moi qui ai fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Je l’ai trouvé dans la rue, orphelin, mal aimé. Je l’ai couvert d’amour et de mots tendres. Mon affection a nourri son âme, lissé son pelage, lui a restauré sa splendeur d’antan. Il a rosi sous mon regard amoureux.

Je l’ai ramené chez moi, et depuis je le zyeute tous les jours avec extase, j’en perd tout sens critique, comme une maman poule gaga devant son mouflet.


Je l’ai acheté 130 euros. Gontran, c’est le plus beau de tous les fauteuils.




Là, il attend le bus avec Slash. C’est le début d’une amitié magnifique.


Non content d’être beau, Gontran est un fauteuil magique. Quand on s’y pose, on découvre monts et merveilles. Les Bisounours, le Dôme du Plaisir et tout Xanadu surgissent d’une sieste avec lui. On y voit le ciel, les avions qui partent de Stansted, mais aussi,


comme un point collé au carreau d’une fenêtre,


la lune.




Et parfois même un arc-en-ciel.


Tout le cosmos pour £100. C'est donné, non?


lundi 29 octobre 2007

L'Expo Millais - Salon Mondain


‘O moses what a precious lot

Of beautiful red hair they’ve got!

How much their upper lips do pout!
How very much their chins stick out!


Du Maurier, Punch


J’y suis allée en battant des cils. Tate Britain, 11h30, un jeudi. Je me croyais plus intelligente que tout le monde: j’évitais le weekend, la foule, les touristes, les mioches, les râleurs, les extasiés, les enthousiastes, les retraités et les inéluctables qui, inéluctablement, se remémorent les meubles de leur grand-mère en regardant les vieilles toiles.

Eh bien, cher lecteur, je n’ai pas raté mon coup.

Ils étaient tous là.


Depuis, j’ai lu dans une revue respectable qu’aimer les préraphaélites est
intrinsèquement anti-cool. C’aurait été chouette d’être prévenue AVANT.
Avant de me retrouver coincée entre des chaussettes à sandales,
des fauteuils roulants en folie et des grappes de quinquagénaires libidineux.

...
N’empêche, ma Cour des Miracles et moi, on aime notre Millais.
Et on a plein de choses fantastiques à en dire.


Cherry Ripe 1879



Ophelia 1851-2




The Proscribed Royalist 1651, 1853




The Blind Girl 1854-6



Après l’étude en détail du premier précèpte de cette joyeuse confrérie (Avoir des idées personnelles et originales à exprimer, ndlr), je nous propose d’entamer l’analyse de la deuxième déclaration fondatrice du mouvemement:

Étudier la nature attentivement de manière à savoir comment la rendre en art

(Autrement connue sous le nom de Non-Mouvement Absolu et Sans Appel, re-ndlr)

Sa flore est effectivement extrêmement détaillée. Je pense que Millais, ce charmant acharné, n’a pas laissé une feuille, sacrifié la moindre tige, ni abandonné une traître épine au hasard, et je crois sincèrement que, branches et mousses confondues, ils se tutoyaient tous en se tapotant l’épaule virilement.

Mais c’est vrai qu’elle s’embourbe, l'Ophélie.

Et dans un décor au moins aussi naturel que les studios des Feux de l’Amour.

Hearts are Trumps: Portraits of Elizabeth, Diana, and Mary,
Daughters of Walter Armstrong, Esq.
1872

Je me demande d’où lui venait cette lourdeur, ce confinement, cet amour inouï du statique.

Une salle surexcitée tournée vers des toiles figées. Les tableaux de Millais le sont particulièrement : touffus, chargés, compacts, étouffants. Et le contraste entre ces deux extrêmes pareillement denses - la horde en sandales et les regards rêveurs de jeunes filles fleuries- m’a donné envie de me jeter dans la Tamise.

Finalement, j’ai opté pour un burger. Le meilleur de Londres.

Parce que l’art, c’est bien beau les amis, mais ça ne nourrit pas ses fans.

( Et pour en finir, je dois avouer m’être très mal comportée vis à vis de la troisième règle préraphaélite:

Être favorablement disposé à l'égard de ce que l'art a produit jusqu'à présent de direct, de sérieux et de sincère.


Pardonnez-moi mon Frère mais j’étais fatiguée)