vendredi 11 janvier 2008

Home alone

Il aura fallu beaucoup de préparation. Des sous-entendus machiavéliques : “pfff, Londres... Ville pourrie, cégriçapufémoche”, “Mais ça fait longtemps que tu l’as pas vue, ta mère, tu dois lui manquer” et “ça te fait quoi, de plus vivre en Italie?”


Puis une série de regards roucoulants et de mines éplorées, pour qu’il ne se doute de rien: des “Janvier, j'y comprends rien” et des “me laisse pas toute seule, sale type” suivis de “c'est dégueulasse, d’abord, j’ai plus de vacances moi”.


Et Paf!

Parti, le banquier!!


Un vrai jeu d'enfant.


Héhéhé. Enfin seule...


Depuis, j'en profite pour mener une existence de reine.

Une vie fascinante, excitante, exquise.

Une semaine d'interdits et de tabous qui volent en éclat!



Par exemple, il y a des jours où je me déguise.



Je me vêts de mes plus beaux atours et me regarde bêtement dans le miroir en prenant un air profond.

Ca se passe de commentaire.


Et puis j'emmène un livre partout où je vais.

Mais attention, n'allez pas croire que la lecture soit au programme! Nous avions établi que je ne lis JAMAIS, ou alors mal, lentement, sans appétit, pour crâner. C'est juste que j'aime glander à côté d'un bouquin.



Aussi, je dors pile au milieu du lit...




en diagonale.


C'est beaucoup plus difficile que ça n'en a l'air. Ca demande une ténacité à toute épreuve, énormément de pratique et une discipline ultra-rigoureuse. Parce que, voyez-vous, l'inconscient peut rouler à droite sans s'en rendre compte! Ou se recroqueviller sur la gauche, en petit foetus rétrécissant... Mais j’ai tant dormi, dans la vie, que je suis maîtresse de toutes ces subtilités tétanisantes. Je domine la situation. Et le matelas.



De plus, je suis cracra.

.

Je fiche des miettes partout et je suis bien dedans. Je m’y attache, ces miettes… Ce sont les miennes, je les reconnais et les appelle par leur petit nom. A ma droite, monstruosa, vestige de 15 mini éclairs surgelés-decongelés au chocolat, qui me rappelle cruellement que l’anglais ne comprend nicht à la crème pâtissière. (Elle est née hier.)
A ma gauche, des pétales d’un bouquet qui a séché sur pied dans un vase à moitié plein (un miracle), et qu’une flemme absolue m’empêche de jeter à la poubelle. Pétales de roses sur mon chemin depuis 3 jours, en somme.


Par ailleurs, je hurle à la mort des poèmes.


Toutes mes femme bafouées, mes Marceline, mes Hermiones, mes Marina, je les déclame à tout heure de la nuit et du jour. Je me déshinibe et j’agace le Voisin. Deux pierres d’un coup.



D'autre part, je me saoule au Lapsang


Je bois 2 tasses de thé fumé d'affilée et mâche les feuilles une par une, sans cette voix qui me dit : ”Arrête, c’est pas bon pour toi, tu vas crever". Mourir d’une overdose de thé? Faites-moi rire! Après, si mon coeur bat un peu trop vite, si j’ai le tourni quand je me lève brusquement et si mon estomac se détraque un peu, c’est rien. C'est la faute à tous ces changements de température. C'est bien connu.




En outre, je prends la lune en photo.



Frénétiquement.


Je la shoote comme une tarée. Je la vois de mon canapé, elle est belle et blanche et grasse, et je récite à sa gloire tous les poèmes lunaire que je connais: C’était dans la nuit brune, sur le clocher jauni, la lune/ Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse; Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins/You leave the same impression of something beautiful, but annihilating. Both of you are great light borrowers./ Good night moon.

...

...

Bon.


C'est bien beau toutes ces bêtises, mais va falloir qu'il tarde pas trop, là, le banquier.


Le frigo est vide, il commence à faire sacrément froid,


... et j'ai cru voir une souris dans la cuisine.


Medley Lunaire:

C'était dans la nuit brune de Musset/ Tristesse de la Lune de Baudelaire/ The Rival de Sylvia Plath / Goodnight Moon de Shivaree


dimanche 9 décembre 2007

Hell hath no fury

Bon, alors à force d’entendre parler de livres partout par une bande de jolies snobinardes (Magda en tête de file), je me suis dit: merdouille, je ne suis ni gueuse ni illettrée, moi aussi je peux causer bouquin.

Avant d’entamer ce billet, je dois faire un aveu embarrassant :


Plus, plus vite, plus gourmand.

C’est délicat.

Je suis le chat du 5ème étage, répandu sur ses coussins sous les toits. Mon fauteuil a vue sur la lune, et je me traîne La Terre Sous ses Pieds de Salman Rusdhie depuis 2 mois, 20 jours et beaucoup de poussière. La Gravité, mes amis, me laisse la mâchoire pendante.

Oh, il a voyagé ce livre- il a vu le jour à Londres, il a visité Paris et l’Andalousie- il me suit fidèlement dans mes pérégrinations oisives. Mais ça n’est pas un homme, sacrebleu, c’est un livre! C’est censé se commencer et se finir.

Bien entendu, de nombreuses raisons tout à fait honnêtes et terriblement rationnelles expliquent ma lenteur :

- J’adore lire au lit. Malheureusement, ma relation au lit est très littérale : quand j’y suis, pathologiquement, je m’endors.

- Je n’ai pas été fidèle à Salman, dont l’intensité m’a effrayée. J’ai eu quelques conversations amoureuses avec un Artiste (descendant l’escalier, Tom Stoppard), et fait les yeux doux au mari d’une autre (May we borrow your husband?, Graham Greene). Ce sont donc mes mœurs légères et mon absence totale de morale qui sont à blâmer. PAS ma lenteur.

- J’aime tellement ce roman que je retarde le moment d’arriver à la dernière page. Cette odyssée du rock au style flamboyant, cette nouvelle mythologie délirante qui naît sur les cendres de légendes passées est une aventure formidable. Je prends mon temps.

- Aussi, il fait 575 pages, sans images.

Alors si ça fait de moi une lectrice tortue, j’assume.

Sauf qu'entre temps, le Banquier a englouti - ça:



Comme tu n’es pas sot, lecteur, tu as bien vu qu’il lit que des conneries, le Banquier (pardon Raymond, mais ma crédibilité dépend de cette généralisation).
L’insoutenable légèreté d’être à Aberystwyth, vraiment.


A la limite, je m’en moque, et j’admettrais même sans moufter que Buzz l’éclair soit plus vorace que moi s’il n’avait pas la condescendance belliqueuse.









Il a dit ça. C’était le mardi 13 Novembre 2007, il faisait 11 degrés et tempête.

Mais ça n’est pas tout. Parce que les Banquiers, ça se promène en grappes. C’est solidaire, ça veut montrer que ça a de la culture, et ça devient ARROGANT.

Banquier A a donc, parmi sa grappe, un ami (que nous appelleront B, car nous sommes, bien que rancuniers, charitables et respectueux de l’anonymat d’autrui). B m’envoie un texto pour me suggérer un livre, irrévérencieux et drôle. (L’Elégance du Hérisson, quelqu’un connaît ?)

Je lui envoie aussitôt un message, aérien, futile… frivole. Bon ok, un message vain, mais plein d'auto-dérision. Je souhaiterais emprunter le livre, si possible- je n’ai plus l’habitude, écris-je, de débourser de l’argent pour autre chose que des petits souliers à paillettes.

Je m’attends à une réponse amusée, complice, taquine - ma foi en la Banque et ses Créatures est grande (et furieusement injustifiée, nous l'allons montrer tout à l'heure).
Je reçois :

« On ne peut pas jurer par le dieu Littérature et ne faire d'offrandes qu'à la déesse Mode.”

A ces brutes en vadrouille, ces néo-hommes des bois sans mâchette à souris, je n’ai qu’une chose à dire:




Voici des oeufs, des fleurs, des pompes et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous

Ô Wenchangdijun.


vendredi 7 décembre 2007

Ode à Gontran

Je l'ai reconnu dès que je l’ai vu.

Ce jour-là, je fêtais mes 25 printemps. Je venais de lâcher mon boulot de prof et j’étais plus légère de 150 bambins –volatile– un vrai ballon à hélium. C’était l’été, un mois de Juin chaud et enrobant, et mes petits pas réchauffés, comme des oisillons au soleil, m’avaient amenée à Camden.

Dans la horde joyeuse, mi-hippie mi-punk, je l’ai vu. Au fond d’une boutique, dans le marché couvert. La pièce était pleine de bric-à-brac, mais on ne voyait que lui. Il avait quelque chose de terriblement distingué, un rien désuet, et le regard de Blaise Cendrars. Un manteau flamboyant, une extravagance nonchalante. J’ai beaucoup voyagé, j’ai vécu- semblait-il dire. Je suis prêt à me poser.

Il m’a fait un clin d’œil, je jure que c’est vrai. C’est là que j’ai abandonné mari et enfants (sur le pavé) net. Et j’ai couru me jeter sur ses genoux.

Voilà, je peux m’en vanter. C’est moi qui ai fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Je l’ai trouvé dans la rue, orphelin, mal aimé. Je l’ai couvert d’amour et de mots tendres. Mon affection a nourri son âme, lissé son pelage, lui a restauré sa splendeur d’antan. Il a rosi sous mon regard amoureux.

Je l’ai ramené chez moi, et depuis je le zyeute tous les jours avec extase, j’en perd tout sens critique, comme une maman poule gaga devant son mouflet.


Je l’ai acheté 130 euros. Gontran, c’est le plus beau de tous les fauteuils.




Là, il attend le bus avec Slash. C’est le début d’une amitié magnifique.


Non content d’être beau, Gontran est un fauteuil magique. Quand on s’y pose, on découvre monts et merveilles. Les Bisounours, le Dôme du Plaisir et tout Xanadu surgissent d’une sieste avec lui. On y voit le ciel, les avions qui partent de Stansted, mais aussi,


comme un point collé au carreau d’une fenêtre,


la lune.




Et parfois même un arc-en-ciel.


Tout le cosmos pour £100. C'est donné, non?


lundi 29 octobre 2007

L'Expo Millais - Salon Mondain


‘O moses what a precious lot

Of beautiful red hair they’ve got!

How much their upper lips do pout!
How very much their chins stick out!


Du Maurier, Punch


J’y suis allée en battant des cils. Tate Britain, 11h30, un jeudi. Je me croyais plus intelligente que tout le monde: j’évitais le weekend, la foule, les touristes, les mioches, les râleurs, les extasiés, les enthousiastes, les retraités et les inéluctables qui, inéluctablement, se remémorent les meubles de leur grand-mère en regardant les vieilles toiles.

Eh bien, cher lecteur, je n’ai pas raté mon coup.

Ils étaient tous là.


Depuis, j’ai lu dans une revue respectable qu’aimer les préraphaélites est
intrinsèquement anti-cool. C’aurait été chouette d’être prévenue AVANT.
Avant de me retrouver coincée entre des chaussettes à sandales,
des fauteuils roulants en folie et des grappes de quinquagénaires libidineux.

...
N’empêche, ma Cour des Miracles et moi, on aime notre Millais.
Et on a plein de choses fantastiques à en dire.


Cherry Ripe 1879



Ophelia 1851-2




The Proscribed Royalist 1651, 1853




The Blind Girl 1854-6



Après l’étude en détail du premier précèpte de cette joyeuse confrérie (Avoir des idées personnelles et originales à exprimer, ndlr), je nous propose d’entamer l’analyse de la deuxième déclaration fondatrice du mouvemement:

Étudier la nature attentivement de manière à savoir comment la rendre en art

(Autrement connue sous le nom de Non-Mouvement Absolu et Sans Appel, re-ndlr)

Sa flore est effectivement extrêmement détaillée. Je pense que Millais, ce charmant acharné, n’a pas laissé une feuille, sacrifié la moindre tige, ni abandonné une traître épine au hasard, et je crois sincèrement que, branches et mousses confondues, ils se tutoyaient tous en se tapotant l’épaule virilement.

Mais c’est vrai qu’elle s’embourbe, l'Ophélie.

Et dans un décor au moins aussi naturel que les studios des Feux de l’Amour.

Hearts are Trumps: Portraits of Elizabeth, Diana, and Mary,
Daughters of Walter Armstrong, Esq.
1872

Je me demande d’où lui venait cette lourdeur, ce confinement, cet amour inouï du statique.

Une salle surexcitée tournée vers des toiles figées. Les tableaux de Millais le sont particulièrement : touffus, chargés, compacts, étouffants. Et le contraste entre ces deux extrêmes pareillement denses - la horde en sandales et les regards rêveurs de jeunes filles fleuries- m’a donné envie de me jeter dans la Tamise.

Finalement, j’ai opté pour un burger. Le meilleur de Londres.

Parce que l’art, c’est bien beau les amis, mais ça ne nourrit pas ses fans.

( Et pour en finir, je dois avouer m’être très mal comportée vis à vis de la troisième règle préraphaélite:

Être favorablement disposé à l'égard de ce que l'art a produit jusqu'à présent de direct, de sérieux et de sincère.


Pardonnez-moi mon Frère mais j’étais fatiguée)

mercredi 3 octobre 2007

Treeful of Starling (Hawksley Workman)

Un album intime comme un tête à tête au coin d’une cheminée avec un troubadour,
quand dehors il fait tempête.

Hawksley Workman, auteur, compositeur et interprète canadien, est un croisement entre Freddy Mercury et Jeff Buckley, capable d'une gymnastique vocale qui ferait pâlir de rage Céline Dion.

Il nous avait habitués à un style furieusement glam-rock, ultra-saturé, et des morceaux dévergondés aux rythmes décoiffants (Striptease et Jealous of your Cigarette, dont le titre farfelu rend à peine justice au souffle débridé qui habite la chanson). Après avoir vendu son âme à Universal en 2003 avec le populaire mais décevant Lover/Fighter, ce showman excentrique revient à ses origines folk et signe un album à la poésie intemporelle, Treeful of Starling (2006), une série d’hymnes dédiés à « une planète mourante et une culture en décrépitude».


J’ai attendu l’automne pour l’écouter, et je le découvre cet après-midi à la grisaille presque hivernale. La voix chaude du chanteur m’enrobe comme une large couverture, et les chansons s’égrènent, douces et mélancoliques. C’est une mélancolie attendrie, consolante et d’une poesie évocatrice. Car Hawksley Workman est un poète qui forge ses textes avec minutie, un véritable conteur qui donne vie à chaque mot et embarque ses auditeurs dans un voyage autour de leur chambre. La musique est ici dépouillée de ses artifices et les mélodies sont impeccables. Reste son timbre de voix absorbant. Chanteur épique des passions intérieures, avec lui, le temps se fige et le monde devient mythe.

Neuf ballades plus tard - silence.

L'album est court comme une parenthèse rêvée. Apres l’avoir écouté, j'ai dû regagner la frénésie ambiante, la tête dans les nuages, avec le souvenir encore chaud d’un paradis perdu.






Des problèmes de cheveux? C'est par .








vendredi 21 septembre 2007

Les Hydropathes


Hydropathes, chantons en cœur

La noble chansons des liqueurs
Charles Cros

William Hogarth. An Election Entertainment. 1755



Pour un peuple insulaire et si fréquemment arrosé, les Anglais ont choisi une drôle de phobie. J’ai nommé, leau.

Ami des paradoxes, l’Anglais s’imbibe très régulièrement, mais exclusivement de bière. L’être massif et pâlichon à l’humour embarrassé disparaît subitement, et il naît alors une drôle de créature hâbleuse, rougeaude et furieusement bruyante.

Je suis un tantinet mauvaise, mais je force à peine le trait. C’est très simple au fond : il y a un mode ON, et un mode Off.


La semaine dernière, tous mes collègues sont allés au pub pour leur rituel du vendredi soir. On boit, on drague, on s’écroule en famille- c’est très fin de race, un sport hebdomadaire et consanguin. J’y suis allée pour le départ d’une amie, et j’en ai eu pour mon argent. En l’espace de quelques heures, j’ai vu tout le système hiérarchique du bureau et le concept de dignité humaine voler en éclats. Ca se trémoussait, ça se languissait d’amour, ça faisait sa parade amoureuse. Les commérages allaient bon train, inventés de toute pièce.

J’y suis allée armée de mes deux meilleurs collègues, une douce Janine au tempérament serein et un jeune albanais charmant et roublard. On se paie à boire, on s’assoit gentiment à une table avec vue, et, paresseux et fauchés, on se dit que la montagne viendra forcément à Mahomet.

La montagne ne se fait pas désirer, et nous apparaît sous la forme improbable de…


Mon Boss



Un schtroumpf célibataire (1,50m les bons jours) qui a mis sa plus belle robe pour aller danser. Il a 2 heures et 3 pintes d'avance sur nous. Il porte un chapeau de cowboy, un manteau en cuir brun qui lui arrive aux chevilles, et ne lâche pas son jouet fétiche: un pistolet à eau jaune miniature.


C’est un petit bouchon qui drague tout ce qui bouge. Il a l’air présentement très attiré par mon Gin&Tonic.
Il s’en approche dangereusement et murmure un drôle de commentaire sur les glaçons dans mon verre, tout en jouant avec son pistolet.


Je manque m’étrangler sur mon glaçon et cours me réfugier dans les jupons de



Mon Collègue Colombien


Avec de l’alcool, ce grand beau garçon est devenu Mère Razoire. Il me parle de ses buts professionnels, ses espoirs, sa couleur préférée et le nombre d’enfants qu’il veut avoir. Il est très précis, m’explique le pourquoi de son comment, et étaie chaque déclaration d’une anecdote explicative.

Puis il pose, avec la plus grande bienveillance alcoolisée (c’est à dire avec une mièvrerie dégoulinante) des questions sur ma vie à moi, personnellement. Mes buts, ce que je pense du mariage, la famine, ma carrière , les pandas...


Je suis au bord de la crise de nerfs,
alors je lui tourne le dos et me retrouve face à face avec…




La soeur Dudit Collègue


Maria, une grande fille sympa, biologiste de formation. Elle a le physique d’une petite fille un
peu costaude, qui aurait grandi d’un coup.

Avec ses drôles de proportions, elle me tombe dans les bras quand je lui donne mon age (26 ans) parce que, tiens-toi bien: elle aussi a 26 ans!
Le monde est petit, et moi aussi, écrasée par son grand format.

En plus, elle adoooooore le français. Elle n’y comprend nicht, mais quand elle m’entend parler, ça lui donne des frissons. Et maintenant qu’on est copines, elle demande à mon petit Albanais si on est un couple. Devant moi. En utilisant la troisième personne. Parce que le bruit court que..


Légèrement embarrassé, il lui dit non. Sur quoi elle décrète en me regardant droit dans les yeux qu’elle déteste les copines jalouses et demande avec un sourire innocent (mais une gestuelle TRÈS assurée) si elle peut lui mettre la main sur la cuisse. Je reste coite, l'Albanais prend peur. Elle s’exécute sans attendre de réponse.


Là, je me dis que je suis de trop, et pas tout à fait de taille, alors je bondis comme un beau diable sur…



L’Illuminé

Il revient d’Espagne, il a aaaadoré. C’est merveilleux, l’Espagne. Les Espagnols sont beaux, sympas, vraiment cool. Les gens savent vivre là-bas, faire la fête, pas comme ici. D’ailleurs il est en train de mettre de l’argent de côté pour y retourner, est-ce que j’y suis déjà allée ? Non? Dommage ! Il faudrait vraiment que j’y aille, c’est dingue comment on se sent interpellé par une culture différente et une langue etrangère, on a vraiment de la chance d’être en vie, tu trouves pas ? Ce matin, sous la douche, je pensais à…


Du coin de l’œil, je distingue une forme pâle qui s’agite fébrilement.

Est-ce un fantôme, est-ce un avion, est-ce un nuage ? Non, c’est…


Le poisson rouge

Blond-roux, lourdaud mais gentil. Il a bu, et quand il boit, Oli devient muet. Il fait des va-et-vient dans son bocal, regarde les gens avec des yeux de Merlan frit et gesticule de façon incompréhensible.
Là, il essaie de me dire quelque chose. Il flotte, écarquille les yeux, bat des nageoires. Pas un son ne sort de sa bouche. Je lui souris, je le taquine, je l’engueule. J’en viens presque à le brutaliser.

Avant de l’assommer, je tourne les talons et me retrouve face à



Un parfait inconnu

Mais non, ça n’est pas un inconnu. Lui, il connaît ma sœur. Alors, collègues ET liés par un membre de ma famille, on est doublement intime. On peut se faire la bise, quoi. Waow, on se ressemble vachement avec ma sœur, sauf les cheveux. D’ailleurs, elle est plutôt cool, hein, ma sœur. Sans blague. Un peu féroce, mais il a rien contre. Elle ne m’a pas parlé de lui ? Ah bon.
On se refait la bise ?


J’ai la tête qui tourne et je ne sais plus aller. Marre des extasiés, des muets et des bécoteurs. Je prends Janine sous un bras et tire l’Albanais par la peau du cou. On se casse. Clopin clopant, à l’air libre, on se sent rescapé d’un vaisseau de Martiens. On est aussi super soulagé d’attraper le dernier métro

...

Qui ne démarre pas.


Ah, mais le métro londonien, c’est une autre histoire, les amis.


vendredi 14 septembre 2007

Citation du jour



Skill without imagination is craftsmanship and gives us many useful objects such as wickerwork picnic baskets. Imagination without skill gives us modern art.

Tom Stoppard, "Artist Descending a Staircase"